vendredi 9 décembre 2011

Entre jour et nuit


Ce texte a été publié dans le journal Le Couac (édition décembre-janvier 2012) sous le titre «Entre diurne et nocturne».

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Je me suis levé ce matin à l'aube. J'aime bien voir le ciel montréalais prendre quelques couleurs. Ça compense un peu -mais seulement un peu- pour le génocide des étoiles. J'étais là, sur le petit balcon au troisième étage, à fumer une cigarette. C'est une indienne. Il paraît que c'est mal d'encourager la contrebande, mais ça me coûte beaucoup moins cher. Même s'il faut bien avouer que ce n'est pas très bon. En fait, j'ai l'impression de ne pas avoir ma dose de nicotine, d'aspirer pour rien. Peu importe: le rituel compte pour quelque chose. Plusieurs me disent que fumer va me tuer, que je dois arrêter tant qu'il en est encore temps. Ces personnes ne comprennent pas que c'est aussi un peu le but de la chose.

J'ai fini, j'écrase ce qui reste dans la conserve qui sert de cendrier puis je rentre dans le salon de mon ami où je «squat» quelques temps. C'est que je n'ai pas de logement, faute d'argent pour le loyer. C'est cher, Montréal. Beaucoup plus dispendieux que là d'où je viens : des vieilles montagnes râpées du Nord, comme disait l'autre. Alors je vivote d'ami en amie. Je suis venu à la métropole pour étudier. J'ai fait science po jusqu'à ce que je sois écœuré des discussions où après l'incontournable question de mon domaine d'étude, j'avais droit au sempiternel :«Ah, tu veux aller en politique !». Non, je ne veux pas aller en politique : j'aime les idées, pas les partis. J'ai donc quitté science po en sauvant les meubles, avec une mineure en poche et mes principes saufs. J'ai eu la chance inouïe de trouver un emploi que j'appréciais, dans le milieu associatif étudiant. Pas à Montréal, on dirait qu'il n'y a jamais rien ici. Non, plus loin, dans les Laurentides. J'y suis resté autant que j'ai pu, mais voilà : je me sentais inachevé. J'avais besoin de faire autre chose. Je suis retourné à l'université, en littérature cette fois. C'est beau, la littérature. C'est regarder au-delà des mots, explorer plusieurs sens. C'est un peu comme faire l'amour. Peut-être même mieux. Mais dans une société de patrons et de gestionnaires, les livres, ça fait tache. Il faut des chiffres, parce que c'est ça le vrai monde: celui des adultes, celui des affaires. Dans ce monde-là, on ne discourt pas sur l'essence de l'existence ou la beauté d'un corps nu au soir venu, on place l'individu dans de petites colonnes chiffrées. Bien étroites, comme des cellules. C'est un univers bien déprimant que celui où le flic est un agent de la paix, le militaire un héros, le citoyen un agent économique... le poète un polytoxicomane.


J'ai plusieurs identités : un étudiant sans le sou; un SDF pouilleux, mais sans poux; un amant par à-coups; un marginal par-dessus tout; un idéaliste, par bouts...Il y a pourtant une chose que je ne suis pas : un privilégié. C'est néanmoins ce qu'aimeraient me faire croire les barytons économiques, barons de la bassesse journalistique et autres trapézistes ministériels. Parce que je vais à l'université, pour l'instant du moins. D'aussi loin que je puisse remonter dans ma triste généalogie, c'est d'ailleurs moi qui suis le premier à me rendre aussi loin. Je me sens presque honoré. Presque. Et il paraît que cela me rendrait plus riche. Je ne sais pas si quelqu'un parmi vous a déjà tenté d'éviter de payer son loyer en entretenant son propriétaire de la valeur d'usage ou le perdre dans le champ sémantique de la gratuité ? Un petit huissier m'a susurré à l'oreille que ça ne fonctionne très bien. Alors on sort à notre tour des chiffres. Et on peut entendre des «oooh» et des «aaah» dans l'audience. Pas que ce soit très beau, des chiffres, même et surtout accompagnés de pompeuses phraséologies comptables ou économistes. Non, mais c'est pragmatique. Ce fut là la plus fantastique fraude des puissants : courber le réel, le soumettre tout entier au numérique et enfin, exclure les utopies comme telles de ce monde, devenu leur.


Mesdames et messieurs les somnambules, camarades funambules, ce combat ne se gagnera pas dans la cour du Roi -nu. Il ne sert à rien d'espérer infléchir les esprits par la droite ou la gauche. Tout cela n'est que procédés rythmiques.

Un autre monde est possible ? Un autre mot l'est aussi.

Si nous pouvions agir par désir, tout réclamer par plaisir et non plus par morne nécessité, serions-nous taxés d'idéalistes déconnectés de «la réalité» que ce serait déjà une victorieuse jouissance, et une jouissante victoire. Car nous aurons été subversifs comme seule la jeunesse peut l'être. Une jeunesse qui ne se compte pas en années, qui ne se compte pas du tout.


Je ne sais plus pourquoi je voulais vous écrire tout ceci. Pour que nous cessions d'être l'incarnation (post)moderne de Sisyphe ? Pour vous presser de changer de réalité, de quitter ce monde «adulte» sclérosé et d'essayer de vivre le peu de temps qui nous reste ? Un peu tout ça, mais au fond on s'en fout. Ce n'est certainement pas moi qui écrirai un nouveau Refus global. Quitter la route et marcher par la forêt ne ferait pas de nous des enfants perdus. Et quand bien même, entre égarement et évasion il n'y a qu'un pas.


Z'auriez pas une cigarette ?

lundi 5 décembre 2011

Nous n'oublierons jamais

Voici le texte d'introduction que j'ai lu au cabaret anarchiste du 2 décembre qui, je vous le rappelle, avait pour thème «G20...et après ?».
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Certains l'ont vécu, d'autres ont connu des personnes qui étaient là-bas : parfois des amis, des amants.

Certains ont partagé des nuits avec des rescapés des geôles de Toronto, les entendant murmurer dans leurs cauchemars. Certains ont remarqué des amis qui depuis leur retour regardent par-dessus leurs épaules en sortant d'un lieu, ou repèrent les sorties en y entrant.

Le regard autrefois suspicieux accordé à une voiture de police s'accompagnant désormais d'une vague peur se diffusant le long de la colonne vertébrale. Les muscles tendus à la vue des lumières rouges et bleues. La conversation brève et avare de détails. Les yeux absents, l'esprit ailleurs, la gorge sèche, le cœur glacé.

Certains l'ont vécu, d'autres ont dû l'apprendre; parfois d'amis, parfois d'amants.

Quand nous étions traités comme du bétail, promenés dans un labyrinthe de couloirs, attachés à nos sièges dans les autobus les menottes aux pieds et aux chevilles, liés les uns aux autres par des chaînes, insultés par les gardiens, les procureurs et les juges. Enlevés, séquestrés, battus, agressés, humiliés, jugés.

Quiconque collabore à un tel régime perd son identité humaine. L'uniforme est gage de servitude. Un regard vaguement désolé avec un sandwich au fromage passé entre le grillage n'est pas noble, ni plus pardonnable de leur complicité.

Tous et toutes, nous avons des histoires à raconter sur ce qui s'est passé là-bas en ces quelques jours.

Mais même les meilleurs histoires ne vous feront pas entendre ces cris horribles où s'entremêlaient rage, désespoir et peur comme nous les avons entendus, comme ils ont pénétrés en nous au fond de nos cages, comme ils ont résonné dans cet immense abattoir d'illusions. Même les meilleurs histoires ne vous feront pas ressentir cette puissante certitude de finir dans un sous-sol humide, une balle dans la nuque. Cette humiliation de devoir pisser dans votre cage en isolement, faute de toilette, après avoir vainement mendié considération auprès des geôliers. Cette culpabilité d'être pris d'angoisse à voir vos camarades partir l'un après l'autre pour qu'il ne reste que vous, seul, dans la cellule.

Nous n'oublierons jamais.

Même si on le voulait, on ne pourrait pas.

dimanche 4 décembre 2011

Ce qui se passe le soir venu



Élastique de désir au pendant des souvenirs; la vie oblique au sens mouvant des pensées possibles.
Le temps passe, toi aussi.
Les journées marchent au pas romain. À tendre l'oreille, on croirait presque entende le tintement des armes sur le bouclier. Chaque seconde, chaque battement de cœur est une lutte à mener. Contre eux, contre tous, contre soi, contre toi...Il n'est de plus grande défaite que celle qui réside au fond de nos empreintes tracés sur le sol. Celles qui fuient. Ces empreintes, elle sont partout : sur tout.
Quand tu as levé les yeux vers moi, avec cet air : ce demi-sourire peiné qui se perdait quelque part dans ma résignation, j'ai perdu quelque chose de beau.
Je cris! Tu n'entends pas.
Tout s'effondre, le vertige aussi. J'ai mal. J'ai froid.
Puis, plus rien. Ni faim. Ni froid. Juste le mal. Là, près, au fond, tapis, derrière toi. Il ne parle pas. Son silence est pire. Il pulse au rythme du cœur. Son poison accompagne mon sang vicié.
Il n'y a plus de refuge. Il n'y a plus d'étoile. Tout est gris, morne, sans couleur. Elle est partie. Même les volutes bleutées de ma cigarette ne dansent plus. Le vin n'a plus de goût. Il est triste, lui aussi.
Je me demande bien qui peut vivre devant moi. À peine t'ai-je plus connu que je ne connaîtrai jamais ces voisins d'en face. Vivent-ils aussi. Meurent-ils aussi. Comment peut-on se connaître quand le jour nous sépare? Cela nous prendrait une nuit éternelle.
C'est drôle. Aussi amusant qu'au coin de ma rue. Il y a là un repaire de sans-abris. Un restaurant à bas prix, pour être plus précis. Un Mc'Donald servant des Mc'Misère à la chaîne. Les gens là-bas ne se connaissent pas non plus. Ils partagent la faim, le froid, le mal. Ils affrontent la neige, le vent, l'indifférence, mais ils ne se connaissent pas. Dans la haine, le mépris ou l'amour, nous ne nous connaissons que bien rarement. Et, quand cela nous arrive, que choisissons-nous d'éprouver? Peut-être y a-t-il plus à apprendre dans ce qui est caché. Que connais-tu vraiment? D'aucuns racontent que l'on peut trouver ce qu'on ne cherche pas sur Ste-Catherine. C'est vrai. C'est là que je t'ai revu. Ces temps-ci l'on ne se voit qu'au détour d'un court moment inattendu.
Je perds la tête à pleine main. Cette douleur m'agrippe à chaque instant que je passe loin. Je suis perdu dans un monde de souffrances où tout paraît beau, propre et rangé. Que manque-t-il sinon toi ? J'ai tant de questions qui sillonnent mon crâne torturé. Les réponses s'envolent dans un lieu espacé du mien. Un lieu de merveilles et de rêves; où tout est simple et qui ne manque jamais de temps pour vivre.
Tes yeux sont difficiles à atteindre. Je te vois sans te voir; je t'observe anonyme. C'est un imbroglio dans lequel nous sommes, enchevêtrés. Nous...que cela veut-il dire; quel mot incongru. Un ensemble de désirs complexes qui s'accordent pour un instant oublié du temps. Il coule mais passons-nous?

C'était du temps de mon enfance.
Aujourd'hui un vieil arbre m'a parlé. Entre ses branches ployées sous le poids du temps, son souffle m'est parvenu malgré les feuilles interludes.
Dans son murmure j'ai reconnu l'écho d'une souffrance centenaire et la confusion d'une nature emmurée. L'espoir d'une caresse solaire s'est depuis longtemps résignée à disparaître sous l'écorce du cynisme. Mille fois a-t-il rêvé à la force régénératrice du torrent purgatoire. Toujours s'est-il affaissé au matin, se courbant de détresse. Au moins peut-il ainsi trouver la folie salutaire, sous le compost du printemps avant les dernières neiges d''hiver.

La nuit s'étouffe.
Le besoin de se plonger dans les mots, de s'y noyer même. Et d'émerger suffisamment pour distinguer l'ampleur du naufrage.
Voilà que l'insensé me remord. Ma vision est voilée de pluie salée. Saleté, tu m'entraînes par le fond. Abyssal, inconnu. Puis alors ? Laisse couler. Il suffira de prétendre à la force du courant, à la rigueur de la vie. Puis alors ? Tout finira. Les accords déferleront de leur multitude et les notes répercuteront un écho solitaire.
Regarde là-bas. Entre les tours de l'urbanité. Il y a un secret qui n'en est pas un. Ces gens vivent et, parfois, se hasardent à s'aimer. Vois. Là. La grande fenêtre givrée. Deux êtres s'enlignent. Ils se partagent. Plus maintenant. L'hiver a caché ce qui restait de leur ardeur.
Je t'apaise, tu m'affrontes.
En diagonale le long d'un couloir interrompu, elle marche d'un pas raisonné. Il le faut bien; l'université abîmée en dédales délabrés. Elle se dirige résolument vers un endroit sans importance, comme tant d'autres lieux. En chemin elle croise des maux et de petits rêves. Comme ceux dans lesquels il a vécu; comme ceux dans lesquels il l'a vu. Toujours si brumeuse. Alors suffit-il de se tendre ou est-ce réservé à la nuit chimérique? Le jour est un lieu de perdition pour les songes.

Vous vous concentrez sur le son de cette voix dans votre esprit.
Elle résonne de partout. Au décompte de trois, vous vous réveillerez.
1...
2...
Ou bien non, tiens. Plutôt le contraire.
Vous vous perdez dans cette voix. Vous glissez et cessez tout contrôle sur vos pensées.
Elles s'imprègnent en tout. Au décompte de trois, vous sombrez.
1...
2...

jeudi 1 décembre 2011

«Créez, criez ou crevez»

Portée disparue

Par Michèle Lalonde


Ce texte écrit pour diffusion à haute voix a longtemps voyagé, sur ce continent et plus loin, à la rencontre d'auditoires captifs de grandes ou de petites villes. Il revient comme de droit aux très jeunes gens qui l'ont saisi au passage et reste dédié à quiconque l'entend.


I

Je vous fais mes adieux d'une page blanche. Je l'agite en guise de manifeste sur le quai du métro. Admirez une dernière fois ma signature, ma très rentable originalité. Je renonce aux sentiers battus par vos certitudes esthétiques. Je ne voyagerais plus dans vos académiques limousines. J'emprunte les transports publics. J'avancerai par voie souterraine vous perdrez promptement ma trace et négligerez de me suivre au cœur clandestin des foules.

II

Que la paix du savoir-dire soit avec vous. Je tire un blanc mouchoir et vous adresse mes salutations distinguées. C'en est fini pour moi de la littérature et des poésies majuscules raidies dans l'empois très chinois de vos doctes critiques. Vous ne m'aurez pas si tôt dans le formol de vos anthologies. J'entends échapper vive au discours économico-politique de vos manuels. Vous n,aurez pas financier profit à parler de moi. (Femme je ne vaux déjà pas grand-chose, ma parole n'équivaudra même plus à son léger poids d'argent quand elle s'inscrira une fois pour toutes en marge de vos rhétoriques principales).

III

Vous ne m'entendrez pas. Ma voix vous touchera tout au plus comme négligeable rumeur de populace. Votre indifférence me siéra comme un gant. J'entends m'aventurer dans la nuit sans honneur des poètes macadamiques. Je referai parfois surface au coin des rues. J'y publierai mes plus beaux vers avec accompagnement de musique populaire appropriée. Je me ferai saltimbanque, amuseur public, crieur forain. Je jouerai de l'orgue de barbarie s'il le faut. Vous pourrez racheter ma lyre incrustée de fleurs de style et de thèmes universels dans la boutique d'un regrattier.

IV

Sous les néons de l'Occupant, sous l'incandescent et gigantesque alphabet du Pouvoir, j'écrirai désormais comme quiconque : en lettres blanches sur un mur de brique. Je me soumets d'emblée à l'autorité critique de la pluie. Avec les années, elle effacera mes phrases. Le temps me biffera des mémoires. (Vous me récupérez alors, grattant d'un ongle délicat quelque exemplaire bribe de ma décadente écriture. Vous me récupérerez bel et bien, assidus à conserver ce qui n'a plus de sens et par là même a pris pour vous de la valeur. Vous me récupérerez donc.) Mais sur la brique ou le béton, vous ne saisirez jamais que les fragments de l'immense texte collectif dont vous ne saviez faire lecture et que mes récupérables graffitis n'avaient servis qu'à ponctuer.

mardi 22 novembre 2011

Des nouvelles de Torontonamo

Voici un communiqué traitant de la fin -si vraiment fin il y a dans ce genre de chose- des procédures judiciaires envers les ''ringleaders'' anarchistes du G20 de Toronto.

Mes sympathies vont aux six qui se sont sacrifié.es pour que les onze autres puissent sortir de cet engrenage maudit.

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Le 22 novembre 2011 – Alors qu’aux quatre coins de l’Île-Tortue nos communautés se tournent vers le courant planétaire d’opposition aux diktats d’austérité, le souvenir des manifestations anti-G20 de juin 2010 à Toronto nous sert autant d’inspiration que de mise en garde.

Nous sommes dix-sept. Dix-sept personnes accusées par l’État canadien d’avoir «conspiré» pour perturber le sommet des «leaders» du G20. Les procureurs de la couronne nous ont attribué l’étrange étiquette de «Principal groupe de comploteurs du G20», ou “G20 Main Conspiracy Group“.

Ces accusations de complot ne sont rien d’autre qu’une sinistre farce. Nous n’avons jamais tous et toutes participé à un seul et même groupe, nous n’avons jamais organisé tous et toutes ensemble et, en réalité, nous sommes tous et toutes issuEs d’horizons politiques variés. En fait, certainEs d’entre nous se sont rencontréEs pour la première fois entre les murs de la prison ! Ce que nous partageons par contre, et ce, avec un nombre incalculable de camarades, c’est une passion pour la création de communautés de résistance.

Séparément ou ensemble, nous œuvrons au sein de mouvements opposés au colonialisme, au capitalisme, aux frontières, au patriarcat, à la suprématie blanche, à la discrimination fondée sur les capacités, à l’hétéronormativité et à la destruction de l’environnement et des milieux de vie. Nos mouvements militent en faveur du changement radical et représentent d’authentiques alternatives aux structures de pouvoir actuelles. C’est principalement pour cette raison que nous avons été cibléEs.

Ces accusations, aussi ridicules soient-elles, ont occupé le plus clair de notre temps au cours des dix-huit derniers mois. Malgré cela, il nous aura fallu tous ce temps pour enfin nous exprimer d’une seule et même voix. Ce silence est en partie attribuable aux conditions sévères qui pesaient sur nous, y compris la non association avec nos co-accuséEs et plusieurs de nos alliéEs les plus proches. De plus, ceux et celles d’entre nous qui se sont expriméEs publiquement ont fait l’objet de campagnes d’intimidation de la part de la police et des procureurs. Nous écrivons aujourd’hui parce que nous avons négocié une entente visant à mettre un terme aux poursuites entamées contre nous et hâter la conclusion de cette ridicule comédie.

La stratégie de l’État à l’égard du G20 a été de jeter des filets aussi larges que possible sur tous ceux et toutes celles qui s’étaient mobiliséEs contre le sommet (plus de 1 000 manifestants et manifestantes détenuEs et plus de 300 accuséEs) pour ensuite déterminer celles et ceux qui faisaient, aux yeux de la couronne, figure de leaders. Être accuséE de complot est un cauchemar bureaucratique surréaliste que bien peu de militants et militantes ont eu l’infortune de connaître au Canada jusqu’à présent. Malheureusement, ce cauchemar tend à se répéter. Il nous est impossible d’affirmer avec certitude si ce que nous avons fait constitue ou non un complot ou une «conspiration». Mais en fin de compte, il importe peu que nos actions répondent ou non aux définitions oppressives et hypocrites de la loi. Car il nous semble évident que ces poursuites sont, avant tout, de nature politique. Le gouvernement a sciemment choisi de dépenser des centaines de millions de dollars pour surveiller et infiltrer les milieux anarchistes, les réseaux de solidarité avec les autochtones et les mouvements de justice pour les migrants et migrantes. Après l’aveu d’un investissement aussi démesuré, quelle justice pouvons-nous encore espérer?

Malgré tout, nous n’étions pas complètement impuissantEs dans ce processus. Le peu de prise que nous avons eu sur les négociations est dû à notre rigoureux processus de prise de décision collective. Particulièrement au cours des derniers mois, au fur et à mesure que l’enquête préliminaire laissait place aux transactions visant à en finir au plus vite, cette recherche de consensus est restée pour nous une constante priorité. Cette conversation a été une expérience tour à tour déchirante, épuisante, décevante et inspirante. Mais au final, nous en sommes sortiEs uniEs.

Des dix-sept, six plaideront coupable et les onze autres verront leurs accusations retirées. Alex Hundert et Mandy Hiscocks plaident chacunE coupable à deux accusations d’avoir «conseillé la commission d’une infraction», et Leah Henderson, Peter Hopperton, Erik Lankin et Adam Lewis plaideront chacunE coupable à un chef d’accusation similaire. Nous nous attendons à des peines d’emprisonnement variant entre six et 24 mois, et on nous créditera le temps déjà passé en détention ou en assignation à domicile.

Trois accuséEs impliquéEs dans la même affaire ont déjà vu leurs accusations tomber et un quatrième avait déjà négocié sa sortie sans peine d’emprisonnement supplémentaire. Cela signifie que des 21 personnes initialement comprises dans le «Principal groupe de comploteurs du G20», seulement sept ont été condamnées et aucune n’a été trouvée coupable de complot. Cette proportion de retraits est saisissante et démontre clairement l’absurdité des accusations!

L’ordre dominant opprime de nombreux segments de la population, et en particulier les communautés racisées, défavorisées ou autochtones ainsi que les personnes au statut d’immigration précaire et celles et ceux qui vivent avec des problèmes de dépendance ou de santé mentale. La violence que nous avons subie, y compris les rafles de police au petit matin, les fouilles à nuE, la surveillance et l’incarcération avant procès, s’abat quotidiennement sur ces personnes et ces communautés. Nous avons eu la chance et le privilège d’être soutenuEs tout au long de notre traversée du système judiciaire. Cela inclut l’accès à des garantEs de caution jugéEs «acceptables» et à des moyens financiers pour assurer notre survie quotidienne et notre défense juridique. Même s’il est remarquable que, dans ce cas-ci, l’État ait eu recours à des accusations de complot contre un aussi grand nombre de militants et militantes, il convient de noter également que ces tactiques répressives sont employées quotidiennement contre d’autres communautés persécutées.

Au tribunal, aucune victoire n’est vraiment possible. Le système judiciaire est et a toujours été un instrument politique employé contre les groupes considérés indésirables ou réfractaires à l’État. Ce système existe pour protéger la structure sociale coloniale et capitaliste du Canada. C’est une machine infernale et ruineuse qui brise les accuséEs et les pousse à adopter des solutions égoïstes. Ce système est conçu pour détruire des communautés et transformer des camarades en adversaires.

Dans ce contexte où toute victoire paraît impossible, nous avons déterminé ensemble que la meilleure voie à suivre serait de cerner clairement nos besoins et objectifs et d’explorer nos options en conséquence. La gravité des impacts auxquels nous étions confrontéEs variait d’une personne à l’autre. La première condition sur laquelle nous nous sommes entenduEs à été d’éviter toute déportation. Parmi les autres objectifs que nous poursuivions, nous avons également réussi à minimiser le nombre des condamnations, à respecter le plus possible les besoins individuels de chacunE et à tenir compte de l’impact qu’auraient nos décisions sur les mouvements auxquels nous appartenons. Même si nous renonçons à d’importantes batailles politiques en mettant ainsi fin au procès, cette entente répond à certains des objectifs que nous n’étions pas disposéEs à sacrifier.

Au cours de nos discussions, nous avons toujours pris en considération les conséquences politiques de nos choix. Un des résultats notables est le fait qu’aucune condamnation pour complot ne découle de cette poursuite. Nous évitons ainsi la création d’un précédent juridique qui aurait contribué à criminaliser des tâches aussi importantes que routinières, comme la rédaction de tracts ou l’animation d’assemblées. Cette entente permet également de libérer d’importantes ressources qui ont été trop longtemps accaparées par le processus de défense.

Nous sortons de ce processus uniEs et solidaires.

À celles et ceux qui nous ont accuelliEs dans leurs foyers lorsque nous étions assignéEs à résidence, aux autres qui ont amassé de l’argent pour nos dépenses quotidiennes et nos frais juridiques, à celles et ceux qui ont cuisiné pour nous, nous ont écrit, nous ont offert des lifts et nous ont soutenuEs politiquement et émotionnellement, merci.

À ceux et celles qui sont en prison ou toujours accuséEs suites aux actions anti-G20, aux prisonniers et prisonnières politiques, aux rebelles en lutte, nous sommes toujours avec vous.

Aux communautés et aux quartiers en résistance, du Caire à Londres, de la Grèce au Chili, depuis l’Île-Tortue occupée, et jusqu’à ce que la victoire soit nôtre, on se reverra dans la rue.

mardi 15 novembre 2011

Prochain cabaret anarchiste : G20...et après ?

























(Cliquez sur l'image pour agrandir)
Voici l'affiche pour le prochain cabaret du Bloc des auteur-es anarchistes.
Les profits réalisés lors de cette soirée seront versés au Fond de défense légal des accusé-es du G20.
On vous attend au DIRA le vendredi 2 décembre dès 20H.

Le site web du Bloc : http://awb.daemonflower.com/index.html

Pour contribuer au Fonds : http://www.clac2010.net/node/185

Edit :
Deuxième version

dimanche 23 octobre 2011

Monologue en aparté



D'emblée je voudrais vous avertir qu'il s'agit ici encore d'un article sur le versant montréalais du mouvement ''Occupy''. Je sais, je sais : on repassera pour l'originalité. Aussi, les bien-pensants me le pardonnent, je m'apprête à être une voix discordante dans le love-in général. Mais attendez donc que je vous explique un peu la particularité de ma critique, et reposez ces roches où vous les avez prises; vous êtes pacifiques, après tout. D'ailleurs, je ne vous en félicite pas, mais il s'agit d'un autre débat que de fâcheuses conditions de libération (G20, va chier !) m'empêchent d'aborder comme je le voudrais. Là où le pavé blesse, c'est votre incompréhensible ancrage dans la diégèse du système (capitalo-parlemento-spectaculo-marchand, on s'en fout c'est tout à la fois et c'est bien pour ça qu'on parle d'un «système») comme si elle était purement réalité : la seule possible, la seule tangible. Je ne vais pour vous faire la leçon du «l'Histoire nous prouve que...», néanmoins je ne vous cacherai pas le parallèle auquel me fait penser votre mouvement de celui de la jeunesse des années '60, quoique les différences, et c'est ce que je veux démontrer, soient profondes et marquantes.
À commencer par cette peur d'être illégitimes; qu'en somme, votre contestation soit contestable. Votre «indignation» (ces guillemets en sont de sarcasme) manque cruellement d'estime de soi. Peut-être est-ce de là que vient votre fameux slogan du 99%; vous voulez tellement paraître inclusifs que vous en venez à dénaturer le sens de la révolte qui hiberne dans vos campements. Pourquoi tenez-vous tant à parler de statistiques et de pourcentages ? Ce que je vois, c'est une révolution comptable. Que faites-vous des dissidents «extranumériques» qui, comme moi, refusent d'entrer dans ce moule ? Voyez, à moins de nous inclure de force votre vision du monde ne tient déjà plus la route; le résultat est faussé : ni 1, ni 99, ni 100... L'affinité est une chose qui ne se mesure pas avec des nombres.
Et puis d'ailleurs, que vaut un mouvement de contestation qui collabore si ouvertement avec les autorités qu'il en inclut les flics comme étant des «alliés potentiels» ! Après ça vient nous parler d'agents provocateurs, c'est tout de même culotté de votre part. Beaucoup parlent de votre inexpérience, vous seriez selon ces personnes des diamants bruts qui, à force de se frotter avec ces sales cons(tables) du SPVM, en viendront à se polir d'eux-mêmes à force de se faire tailler. Ce n'est pas mon opinion. Quinze années de manifestations contre la brutalité policière n'auront pas suffit à indigner ces téléspectateurs et téléspectatrices auxquels vous vous ralliez à tout prix. Est-ce par hasard que l'on peut lire sur votre forum des envolées nauséeuses sur le soucis de l'image ? Eh oui, l'«avantage» d'avoir des experts en marketing dans vos rangs. Cette image, dis-je, qui vous obsède : la démesure du paraître au mépris de l'être. Car c'est bien de cela dont il s'agit, l'image, et c'est en soi un problème bien plus grave que vous ne le croyez. Je vous le dis bien franchement : les revendications, on s'en fout. Qui vous en tient rigueur ? Les politicards qui vous tenaille l'artère d'un dilemme : que vous en ayez et vous en aurez trop à leurs yeux; ou au contraire que vous les laissiez tomber (avec raison) et ils vous taxeront d'incohérence sur les tribunes médiatiques. Ce dilemme n'existe que si les médias vous préoccupent. Cette alternance entre symbolique et pragmatisme vous déchire plus qu'elle ne vous vient en aide. Le monde est pourri, oubliez ses institutions ! Vous êtes vos propres revendications; elles résident en vous-mêmes. Chassez l'économique et enracinez-vous dans la Poétique de la révolte. Les plus beaux poèmes ne peuvent qu'être écrits sur les murs : «Prenez vos désirs pour des réalités».
Les possédants, les patrons, les bourgeois, les politicards, les propriétaires, les riches, l'élite...le discours que vous répétez en assemblée ou devant les caméras est inspiré du leur. Oh bien sûr vous n'arrivez pas aux mêmes conclusions (et encore !), mais vous parlez leur langage. Libérez-vous du poids de ces contraintes ! Réinventez, créez, chantez, dansez, baisez, vivez ! merde. Ce que je vous reproche ? Vous avez sur vous la même odeur de cadavres.
Je vais tenter de terminer cet article sur une note d'espoir car j'aime la polyphonie. Je souhaite me tromper et que tout ceci soit le début de quelque chose de plus grand : que l'«occupation» s'émancipe des traditions du vieux monde plutôt que d'y plonger; qu'il renonce à la collaboration pour enfin oser devenir quelque chose de plus grand comme une véritable occupation; celle que l'on arrache des mains glacées de l'autorité, quelle qu'elle soit. Que l'occupation ne soit pas la finalité, mais le commencement d'une indignation impolie, turbulente, intruse, passionnée. Que l'indignation devienne révolte et que révolte devienne...allez savoir quoi. Peut-être une révolution. Pas besoin d'y donner un nom, juste de la vivre.

-De la part d'un pouilleux sans poux

jeudi 20 octobre 2011

La beauté est vérité et la vérité est...



Il ne fait pas bon être flic ces temps-ci à Athènes...

Y'a rien d'autre à dire mis à part que c'est d'une beauté toute véridique

«Seule la vérité est révolutionnaire»

samedi 8 octobre 2011

[capsule] Le stade d'Avignon

C'est ce samedi 8 octobre qu'a eu lieu une seconde manifestation du fameux «mouvement du 24 septembre». Les organisateurs ont cru bon inviter les manifestants et manifestantes à... tourner en rond (!) autour du stade Olympique. Le peu de participation a été mis sur le compte du tout aussi fameux «cynisme» de la population. Curieusement, personne n'a relevé la causalité.

Lettre aux occupant.es

Ce billet est une traduction de la part du Mouton marron d'une lettre publié par quelques anarchistes envers le mouvement d'occupation. Comme lui, je crois qu'il est important de le diffuser ici au Québec, particulièrement devant l'horreur de certains débats chez le mouvement d'occupation (entre autres montréalais).
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Une lettre de la part d'anarchistes.


Appui et solidarité! Nous sommes inspiré-e-s par les occupations sur Wall Street et ailleurs au pays. Enfin, le peuple prend à nouveau la rue! Le momentum autour de ces actions peut potentiellement redonner de l'énergie à la protestation et à la résistance dans ce pays. Nous espérons que ces occupations vont augmenter en nombre et en substance, et nous ferons notre possible pour contribuer à ces objectifs.

Pourquoi devriez-vous nous écouter? Brièvement, parce que nous en sommes rendu-e-s au même point depuis longtemps déjà. Nous avons passé plusieurs décennies à lutter contre le capitalisme, à organiser des occupations, et à prendre des décisions par consensus. Si ce nouveau mouvement n'apprend pas des erreurs passées, nous risquons de répéter ces mêmes erreurs. Nous résumerons ici nos leçons apprises à la dure.

Occuper, c'est pas neuf. La terre sur laquelle nous vivons est déjà un territoire occupé. Les États-Unis tirent leurs fondation de l'extermination des peuples autochtones et de la colonisation de leurs terres ancestrales, sans oublier des siècles d'exploitation et d'esclavage. Pour qu'une contre-occupation (car c'est certainement cela dont il s'agit ici) soit autrement qu'insignifiante, elle doit se souvenir de cette histoire. Mieux encore, elle devrait embrasser des deux bras l'histoire de la résistance, à partir de l'autodéfense autochtone et des révoltes d'esclaves jusqu'aux mouvements pacifistes et altermondialistes.

Les 99%, c'est pas un corps social homogène: c'est beaucoup de monde. Quelques occupistes ont présenté un discours dans lequel le fameux "99%" représente une masse plus ou moins homogène. Le visage des "gens ordinaires", qu'on nous présente souvent, est éminemment suspect: il appartient de manière prédominante à la race blanche et à la classe moyenne et de préférence solvable. C'est ce visage qui apparaît devant les caméras de télévision, même si malgré tout, cette frange de la population ne représente qu'une minorité.

C'est une erreur de passer outre notre diversité. Tout le monde ne s'éveille pas aux injustices du capitalisme pour la première fois: plusieurs populations sont ciblées par le pouvoir depuis longtemps. Les travailleurs et travailleuses de la classe moyenne qui sont en train de perdre leur confort social peuvent apprendre beaucoup de ceux qui ont été du mauvais côté de la balance de l'injustice depuis beaucoup plus longtemps.

Le problème ne réside pas que dans quelques pommes pourries. Cette crise n'est pas le résultat de la cupidité d'une minorité de banquiers; elle est l'inévitable conséquence d'un système économique qui récompense une compétition de requins dans toutes les composantes de notre société. Le capitalisme n'est pas un mode de vie statique mais un processus qui consume tout, transformant le monde entier en profit et, par la bande, en désastre. Et maintenant que tout s'en est allé nourrir l'incendie, le système s'effondre, laissant même ses bénéficiaires précédents sur le pavé. La solution n'est pas d'en revenir à des traditions capitalistes plus anciennes - revenir à l'étalon-or, par exemple - car non seulement c'est impossible, mais en plus, ce stade moins avancé du capitalisme n'a jamais davantage servi les intérêts du fameux 99%. Pour sortir de ce bordel, nous aurons à redécouvrir d'autres manières d'interagir.

La police n'est pas notre alliée. Illes sont peut-être des "travailleurs et travailleurs ordinaires", mais leur emploi consiste à protéger les intérêts de la classe dirigeante. Tant qu'illes resteront policiers/ères, il est impossible de compter sur eux, peu importe avec quelle cordialité illes pourront agir. Les occupistes qui ne le savent pas déjà vont l'apprendre aussitôt qu'illes vont menacer l'ordre établi. Les gens qui insistent sur le fait que la police existe pour nous protéger et nous servir vivent probablement d'une vie confortable chez les privilégié-e-s, mais vivent surtout, sans aucun doute, d'une vie obéissante.

N’idolâtrez pas l'obéissance à la loi. Les lois servent à protéger les privilèges des riches et des puissant-e-s; leur obéir n'est pas nécessairement éthiquement correct; c'est parfois même immoral. L'esclavage a déjà été permis par les lois. Les Nazis avaient des lois aussi. Nous devons, en regard de tout ça, développer notre propre esprit critique, au-delà de ce que les lois peuvent recommander.

La diversité chez les participant-e-s ne se fait pas sans diversité des moyens d'action. C'est de la tyrannie intellectuelle que de prétendre savoir par quel moyen tout le monde devrait agir afin de construire un monde meilleur. Dénoncer autrui permet aux autorités de délégitimiser, diviser et détruire le mouvement en tant qu'entité. La critique et le débat propulsent un mouvement vers l'avant, mais la poigne du pouvoir le paralyse. Le but n'est pas de forcer tout le monde à adopter la même stratégie, mais bien de découvrir comment toutes les différentes approches peuvent devenir mutuellement bénéfiques.

N'allez pas prétendre que ceux et celles qui défient la police et les lois sont nécessairement des agents provocateurs. Beaucoup de gens ont de bonnes raisons d'être en colère. Ce n'est pas tout le monde qui veut se limiter au pacifisme légal; des gens se souviennent encore comment se défendre. La violence policière ne sert pas qu'à nous provoquer: elle sert aussi à nous terroriser et à nous blesser, jusqu'à ce que la peur nous condamne à l'inaction. Dans ce contexte, l'autodéfense est essentielle.

Croire que ceux et celles qui affrontent physiquement les autorités sont en quelque sorte des allié-e-s de ces mêmes autorités, c'est non seulement illogique, mais ça s'attaque également en substance à la contestation, tout en rejetant le courage de ceux et celles qui se préparent à participer à ce type d'action. Cette allégation est par ailleurs typique des privilégié-e-s à qui on a inculqué la foi dans l'autorité et le mépris de la désobéissance.

Aucun gouvernement ni institution de pouvoir centralisé ne mettra jamais les intérêts de la population devant ceux des puissant-e-s. Ce serait naïf de le croire. Le centre de gravité de ce mouvement devrait être notre liberté et notre autonomie, et l'aide mutuelle qui peut soutenir celles-ci. Certainement pas l'attente vaine de l'arrivée d'un pouvoir "imputable". Un pouvoir "imputable", ça n'a jamais existé.

Nous ne devrions pas, en conséquence, nous contenter de faire des demandes à nos gouvernant-e-s. Nous devrions créer les occasions de réaliser les demandes par nous-mêmes. Si nous le faisons, les puissant-e-s de ce monde devront prendre nos demandes au sérieux, au minimum afin de conserver notre allégeance et notre attention sur eux. Pour établir un meilleur équilibre, il faut développer notre propre force.

D'innombrables mouvements ont appris à la dure que le fait d'établir leur propre bureaucratie, qu'elle soit "démocratique" ou pas, a finalement saboté les objectifs originels de leur lutte. Nous ne devons pas confier l'autorité à de nouveaux chefs, ni même créer de nouvelles structures décisionnelles; nous devons trouver des moyens de défendre et d'augmenter notre liberté, tout en abolissant les inégalités dans lesquelles nous avons été plongé-e-s de force.

Les occupations vont bénéficier de nos actions. Nous se sommes pas ici seulement pour "chuchoter dans l'oreille du géant". On aura beau parler, ça n'empêchera pas le pouvoir de rester sourd comme un pot. Il nous faut créer un espace pour les initiatives autonomes et pour organiser des actions directes qui affrontent la source de toutes les inégalités sociales et injustices.

Merci d'avoir lu ce message. Merci d'agir. Que vos rêves deviennent réalité.

http://www.crimethinc.com/

mardi 4 octobre 2011

L'enfer d'Ivan


Il y a tellement de cas du genre que j'ai décidé que cet article serait le premier de la série «les osties de chiens sales»

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Le 18 octobre 2008, Ivan Apaolaza Sancho était déporté du Canada, dans un vol charter spécial, les pieds et les mains menottés, puis remis aux autorités en Espagne. Sa déportation mettait irrémédiablement fin à une campagne de plus de 15 mois durant laquelle Ivan a été emprisonné à Montréal, où il lui a été refusé d’appliquer pour un statut de réfugié et à la suite de laquelle il a été éventuellement déporté – tout ceci sur la base d’informations qu’un tribunal canadien a reconnu avoir été obtenues par la torture.

Selon la loi espagnole, les personnes accusées de crimes considérés comme terroristes peuvent passer jusqu’à 4 ans en détention provisoire. Ivan a déjà passé trois longues années dans un certain nombre de centres de détention en Espagne, tous éloignés de sa ville natale, selon la politique espagnole de dispersement des prisonniers politiques basques. Le rapporteur spécial de l’ONU, Martin Scheinin a déclaré que cette pratique de dispersion « constitue un risque et un stress économique pour les membres de la famille visitant les détenus, en plus d’être un obstacle pour la préparation de la défense, dans les cas où les détenus en détention provisoire se retrouvent à de lointaines distances de leurs avocats » (Mission en Espagne, A/HRC/10/3/Add.2, 16 décembre 2008).

Le procès d’Ivan, sous l'« Audience Nationale» – un tribunal anti-terroriste spécialisé – doit officiellement débuter le 17 octobre, trois ans après sa déportation du Canada. Ivan sera jugé selon les mesures anti-terroristes du code criminel espagnol, dont les larges définitions rendent le fait de brûler un guichet ATM un acte de « terrorisme urbain »; criminalisent les avocats et journalistes pour « collaboration » et « glorification du terrorisme »; et punissent les membres de toute « organisation terroriste » sans en définir les termes. Face à ces larges dispositions et vis-à-vis d’un système inquisitorial espagnol largement critiqué, Ivan aura à prouver son innocence, et il ne disposera que de deux jours pour le faire.

La même information qui a conduit à la déportation d’Ivan du Canada et qui a été reconnue par un tribunal canadien comme ayant été obtenue sous la torture, sera utilisée comme preuve dans ce tribunal. L'ensemble des autres preuves retenues contre lui sont elles même dérivées des informations obtenues par la torture. L’utilisation comme preuves d’informations obtenues par la torture est injustifiable et répugnante. C’est également une violation de la Convention des Nations Unies contre la torture qui précise que tous les signataires doivent s’assurer que « toute déclaration dont il est établi qu'elle a été obtenue par la torture ne puisse être invoquée comme un élément de preuve dans une procédure ».

S’il est reconnu coupable, Ivan fera face à trente ans de prison. Trente ans de prison pour un prisonnier politique basque signifient trente ans d’incertitude, à cause des régimes d’exception qui sont appliqués dans ces cas. Selon Human Rights Watch (un exemple? Les mesures anti-terroristes en Espagne
www.hrw.org/reports/2005/spain0105), la pratique espagnole de dispersion des prisonniers politiques basques est considérée par les groupes de droits humains comme une punition additionnelle qui est aussi appliquée arbitrairement, sans aucun fondement légal. Similairement, les politiques arbitraires de prolongement des sentences et le refus de la liberté conditionnelle crée une atmosphère punitive et d’incertitude pour les prisonniers basque.
Plus d'information:
www.commissionpopulaire.org/fr/sancho/

--> SOIRÉE DE FILMS

Venez à une soirée de films pour en apprendre plus sur la lutte Basque et la complicité canadienne dans la répression politique en Espagne.

Jeudi, 13 octobre à 19h
Pavillon Paul-Gérin-Lajoie (N)
Salle N-M120, 1205, rue Saint-Denis
Métro Berri-UQAM


Avec:

-L’Écho du Silence,Chloé Germain-Thérien / Les Lucioles (20 minutes, FR) : Documentaire sur l'histoire de Gorka et Eduardo, deux prisonniers politiques Basques qui ont été torturés et ont fui au Québec pour chercher la justice.

-Ivan Apaolaza Sancho: Prisonnier politique Basque (15 min., FR) : Documentaire sur le cas du prisonnier politique Basque qui subira son procès en octobre 2011 à Madrid.

-Présentation par Marc-André Cyr (membre du comité d'appui pour Gorka et Eduardo) et des membres du Comité de Soutien à Ivan Apaolaza.

jeudi 15 septembre 2011

un, dix, mille squats ! Les 10 ans d'Overdale et Préfontaine


LES PAUVRES PRENNENT LA BASTILLE !
Manif-action pour le droit au logement et contre la gentrification!
Dimanche 2 octobre 2011
Rassemblement à 12h
Au Carré St-Louis
Départ de la manifestation à 13h



Dix ans après l’expulsion des squats Overdale et Préfontaine,
La gentrification ravage Montréal… et des immeubles sont toujours vides !


Le 27 juillet 2001, en pleine crise du logement, une manifestation de 700 personnes – militantEs anticapitalistes, itinérantEs, intervenantEs communautaires et révoltéEs en tout genre – se dirigeait d’un pas décidé vers le centre-ville de Montréal afin d’appuyer l’ouverture d’un squat politique. L’occupation de l’édifice Overdale dura 6 jours. Les médias prirent d’assaut l’événement et des centaines de personnes étaient en permanence sur place. Après d’âpres négociations, le maire alors en poste, Pierre Bourque, accorda aux squatteurs l’autorisation «d’occuper» un autre édifice abandonné appartenant à la Ville, le Centre Préfontaine. L’aventure dura jusqu’au 3 octobre.

La prise d’une bâtisse vide sur la rue Overdale pour en faire un squat politique et son futur déménagement sur la rue Préfontaine allaient devenir, dans l’imaginaire collectif, un des symboles forts de la lutte des mal logéEs contre l’implacable crise du logement à Montréal.

En août 2001, le maire actuel de Montréal, Gérald Tremblay, n’était encore qu’un candidat aux élections municipales en cours. Il sommait Pierre Bourque « de prendre tous les moyens nécessaires pour que cesse cette désobéissance civile ». Dix ans plus tard… pourrait-on sommer ce même Tremblay de démissionner parce que la désobéissance civile, mais celle des riches, des mafieux, des promoteurs et des spéculateurs cette fois, a atteint des niveaux qu’on n’avait pas vus depuis l’ère Drapeau? Parce que le copinage, la corruption, la magouille et l’immobilier sont devenus des bars open pour les amis du pouvoir. Et surtout parce que tout ce qui ne tournait pas rond avec l’habitation et le logement pour les moins nantis tourne maintenant carré!

La question du logement est fondamentale dans la qualité de vie des personnes et des familles. Dans les faits, les conditions de vie d’une majorité de la population montréalaise se sont dégradées depuis 10 ans. Après le droit de s’alimenter, le droit d’avoir un toit sur la tête est celui qui conditionne tous les autres. Et on voudrait le marchander, le « mafiatiser » ou en tirer profit. Vivre empilés les uns sur les autres, les riches ne connaissent pas ça! Et encore, on ne parle pas des 30 000 itinérantEs… qui ne font même pas lever les yeux à ce bon Tremblay quand la police en abat de sang froid !

La société actuelle est régie par le capitalisme qui profite à une petite minorité et condamne un trop grand nombre à la misère et la pauvreté. Pour le Comité des sans-emploi, l’organisation et la lutte sont plus nécessaires que jamais pour améliorer les conditions de vie de la majorité de la population. La répression qui augmente contre celles et ceux qui osent se lever renforce notre indignation. Réquisition de nourriture, réquisition des lieux privés comme publics, le Droit à la vie et le Droit de cité pour tout le monde passent avant les privilèges et intérêts des riches! La vie peut et doit être meilleure… Ici et maintenant !

Une invitation du Comité des sans-emploi Montréal-Centre, cse.mtl.centre@gmail.com

mardi 13 septembre 2011

Des flics et un larbin



On le sait, Lagacé aime bien trôner au-dessus de la mêlée en crachant ici et là ses chroniques, qu'il fait passer comme étant du journalisme. Je lis souvent ce qu'il écrit, autant que du Martineau ou du Duhaime, parce que nous devons créer un espace d'information autours de la désinformation ambiante ou, quand involontaire, la connerie abyssale des chroniqueurs (et journalistes) de ce monde. Penchons-nous aujourd'hui sur un des sujets sur lequel Lagacé aime bien écrire un amoncellement de marde : la brutalité policière .

Justement, il nous parle ces derniers temps d'une intervention policière...comment dit-on déjà ? Ah ! oui, «musclée», filmée par le téléphone d'un dude lambda. Le tout commence par une réaction sur son blogue. Bien qu'avouant ne pas connaître le contexte ( «Comment en est-on venu à ça ? On ne le sait pas. Le contexte n’y est pas.»), Lagacé ne se prive pas pour avancer ses propres conjectures : «Mais ça ressemble à une sortie de bar et ces scènes-là sont rarement élégantes.» Or, qu'apprend-on suite à la lecture de témoignages ? Que, loin de sortir d'un bar, les personnes apparaissant sur la vidéo sortaient plutôt d'une projection cinématographique et que l'un d'entre eux avait dans les mains une canette de bière. Les flics, passant tout près, l'ont repéré comme un requin repère sa victime, et s'en est suivi l'inévitable coutume policière de frapper à tout va, de poivrer et d'arrêter le premier qui passe à portée. Mais pour Lagacé, ça va. «Jusqu’ici, même si les images ne sont pas nécessairement édifiantes, je ne suis pas scandalisé», écrit-il. Parce que c'est un vrai lui, tsé : un de ces journalistes qui savent faire la part des choses, pas vrai ? Toutefois, une jeune fille, que l'on présume connaître le jeune homme poivré, se porte à la secours de celui-ci et, parait-il, tente de lui verser de l'eau sur le visage (on se souvient de ses cours de médics, tout le monde ?) afin de le soulager un peu. Ces bonnes intentions sont criminelles aux yeux d'un flic, qui l'agrippe pour ensuite la lancer sur un poteau de stationnement. C'est choquant. Mais pas assez pour Lagacé puisque : «qu’il la manipule pour la déplacer, ça va : les agents ont affaire à parler au jeune poivré, ça ressemble à une arrestation imminente.» Oui, il faut que les flics mettent les menottes à un dude, souffrant à cause du poivre, et le sacre dans leur char, le laissant là-dedans pendant...oh, pendant le temps qu'ils pensent nécessaire ! Alors dégage et cesse d'aider tes amis. C'est, en somme, la philosophie de Lagacé. Il l'écrivait d'ailleurs dans une chronique de 2008, après l'assassinat policier de Montréal-Nord : «Ton ami se fait arrêter par la police? Ferme ta gueule. Sors ton portable et filme la scène: s'il y a en effet brutalité policière, YouTube se chargera de faire de l'agent une «star» du web.» Cela a le mérite d'être clair, n'est-ce pas ?

Mais n'arrêtons pas là ! Lagacé, lui, ne le fait pas non plus. Le lendemain de sa réaction sur son blogue, il transforme sa marde initiale en caca professionnel. Ce n'est pas un alchimiste : le résultat n'est pas fameux. S'est-il renseigné ? Non : «On ne connaît pas la raison de l'intervention». A-t-il changé d'avis sur l'évidente violence policière ? Non : «Ce jeune homme, plaqué contre la voiture de patrouille par quelques policiers qui tentent de le maîtriser? Pas beau à voir. Brutal, mais est-ce de la brutalité policière? Pas sûr.» Remarquez qu'il admet le caractère brutal de l'intervention policière, mais la matraque qu'il a dans le cul (juste à gauche d'un insigne du SPVM) l'empêche encore d'associer les deux concepts. Quand la fille se fait tordre les poignets dans le dos et sauvagement agripper, est-ce là de la brutalité, herr Doktor ? Nein ! «les flics ont affaire à ce jeune homme, la fille est dans le chemin, le policier la soulève brusquement. Pas amusant à voir. Mais nécessaire.» Il faut attendre un peu plus loin de sa chronique pour enfin voir un peu de lumière dans cet anus. Après recension de ses délires, je suis convaincu qu'il aurait pu nier le tout en bloc, du début à la fin. Mais ce n'est pas son style. Un bon larbin en est un prêt à faire quelques sacrifices pour le «bien commun» policier. Alors, que fait-on ? On jette à la plèbe le flic le moins défendable en prenant bien soin de garder sous silence la complicité tacite de ses collègues et du SPVM dans son ensemble. Toujours en précisant avoir «un respect immense pour le travail des policiers»...

C'est un euphémisme. Lagacé est éminemment respectueux des policiers. En fait, il l'est tellement qu'il a la langue brune à force de l'enfourner dans les fesses des flics. L'on se souviendra de la tuerie du SPVM en juin dernier. Non content d'assassiner un itinérant (la routine, quoi), les agents ont eu le malheur, en vidant leurs chargeurs, d'atteindre un autre dude dans la rue, un «bon citoyen» cette-fois. Même le Journal de Montréal est en furie. Mais oh ! c'est sans compter Lagacé qui, bien évidemment, se porte à la rescousse de ses amis. Dans sa chronique «putain de couteau», celui qui aujourd'hui ne connait pas le contexte en savait long cette journée-là sur ce qui s'était passé rue St-Denis. Assez, même, pour nous expliquer ce que pensaient les flics et nous offrir un dialogue digne d'un procès-verbal dûment enregistré. Mais il n'était pas là. Ses amis y étaient. Ça suffit pour lui. Il fera tout pour les innocenter. Car, n'oublions pas que : «c'est dénaturer cette tragédie que de parler, stupidement à ce stade, de «bavure» de la police.» Le lendemain, l'efficacité de notre larbin refait surface. Dans «Fusillade du SPVM : mort absurde, oui ; bavure, pas sûr», il recommence la tactique bien éprouvée du sacrifice pour le plus grand bien policier. Car, «il est outrancier de parler de « bavure policière ». Marcellus François, Anthony Griffin, Richard Barnabé : voici d’authentiques bavures policières, des dérapages d’agents trop crinqués. Mais dans le cas qui nous occupe ? Calmons-nous. » Assez, assez ! Laissez donc ces pauvres flics en paix. Après tout, ne sont-ils pas emmenés rapido presto à l'hôpital pour traiter ces chocs nerveux ? Juste le temps qu'il faut pour un petit debriefing entre agents. Entre agents et Lagacé, tiens. Ce serait une explication pour toutes ces informations privilégiées qu'il tire de son chapeau le lendemain même des événements. Mais ce n'est pas le plus beau, dans tout ça. N'importe qui peut ainsi se porter à la défense inconditionnelle des flics. C'est ainsi que ça fonctionne dans notre petit monde pourri. Par contre, qui peut prétendre le faire avec autant de passion que Lagacé ? Parce qu'il faut le faire, en plus de ça, s'offrir le luxe, dans « Un trio chez McDo», d'écrire cette petite nouvelle sur le quotidien du flic patrouillant un quartier rough. Bien sûr, ce n'est pas le quartier de Lagacé, mais pourquoi ne pas étirer la sauce sur ce que les gens vivent là-bas ? Et surtout c'est si beau ! Une perle du genre, je vous l'assure. C'est l'histoire d'un flic qui connait bien le quartier. Il en a des années dans le corps, le gentil monsieur. Un jour, il rencontre son ami pas chanceux dans un McDo et «les deux hommes ont parlé de la vie, de celle du poqué qui s'était retrouvé à la rue, surtout. Le poqué voulait bien se reprendre en main, mais bon, ce n'était pas si simple. Certains démons sont forts, vous savez. Le flic l'a écouté, l'a encouragé.» Oui, parce que le monsieur il est gentil et il aide son ami pas chanceux. Faudrait faire des recherches pour savoir si Lagacé est un des scénaristes des Teletubbies. Le punch ? Le gentil agent de la paix revoit plus tard son ami dans la rue. C'est Mario Hamel. Arrive ce qui arrive. Bang !

Vous vous souvenez de la règle des quelques sacrifices ? C'est la morale de cette histoire : «Après tout, policier, c'est comme n'importe quel métier: il y en a des extraordinaires, il y en a des nuls. Entre les deux, une masse critique qui fait honnêtement et correctement son métier.»

Bon, on lit ça et tout et on se dit que le contraire doit être vrai ; qu'il doit aussi nuancer, au contraire de ses collègues, les démonstrations anticapitalistes radicales. Ce serait mal le connaître. Je suis sûr que plusieurs d'entre vous se souviennent encore de sa célèbre chronique «petits rots révolutionnaires» dans lequel il s'adresse aux «camarades», qu'il traite tour à tour de lâches, d'incultes, d'idiots, d'enragés et de «tatas sans envergure» (ma préférée). C'est que Lagacé vit de contradictions ; il baigne dedans comme un cochon se vautre dans sa fange.

Voyez le schéma : un flic matraque, poivre et même tue des gens, c'est malheureux mais nécessaire. Toutefois, quand des anticapitalistes fracassent quelques vitres dans le centre-ville, là ce sont des fous-furieux dangereux sans cervelles.

Bon. J'arrête. Ça me déprime.


Fosse sceptique :

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201109/13/01-4447025-un-flic-bien-brave.php

http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2011/09/11/de-la-brutalite-policiere-pure-et-simple/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201106/13/01-4408611-un-trio-chez-mcdo.php

http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2011/06/09/fusillade-du-spvm-mort-absurde-oui-bavure-pas-sur/

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/201106/08/01-4407421-putain-de-couteau.php

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/patrick-lagace/200903/16/01-836797-petits-rots-revolutionnaires.php

http://www.cyberpresse.ca/chroniqueurs/200809/08/01-662275-un-samedi-soir-ensoleille.php

dimanche 11 septembre 2011

Appel de textes pour Subversions !


Au mois de mai 2011, SUBVERSIONS, le premier recueil de fiction du Bloc des auteur-e-s anarchistes de Montréal, a laissé déferler ses mots sur le monde. À partir de là, deux choix : lire ce tome 1 ou écrire pour le tome 2!
Claviers, plumes, crayons et dactylos libertaires, vous avez jusqu'au 31 octobre 2011 pour rédiger une fiction d'un maximum de 2500 mots, à paraître dans le deuxième
recueil SUBVERSIONS.
Fondé lors du 11e Salon du livre anarchiste de Montréal en 2010, le Bloc désire promouvoir les théories et les pratiques de l'anarchisme à travers la littérature.
En tant qu'auteur.e.s anarchistes, nous luttons pour une société égalitaire, verte, libre et autogérée, par la démocratie directe et l'action directe. La littérature anarchiste participe à cette lutte. Si vous ou vos textes de fiction prennent part à cette révolution, soumettez-nous vos écrits à l'adresse suivante : awb@daemonflower.com.
Bien que nous préférons un envoi électronique, vous pouvez soumettre votre
manuscrit par la poste à l'adresse suivante: Bloc des auteur-e-s anarchistes a/s
Librairie Insoumise, 2033 St-Laurent, Montréal (QC), H2X 2T3
Cette fois-ci, en plus de l'anglais et du français, les textes peuvent être rédigés en
espagnol et en italien.
Pour plus de détails sur l'écriture, la sélection et l'envoi des textes, visitez le site Web
du Bloc (http://awb.daemonflower.com) ou communiquez avec nous au
awb@daemonflower.com.
Le volubile possible est à nos portes! Ne reste qu'à l'écrire...
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[Capsule] Coïncidence

Aujourd'hui, cela fait neuf ans que la gauche, modérée comme radicale, a recommencé à commémorer le coup d'État chilien du fasciste Pinochet le 11 septembre 1973, qui a renversé le socialiste étatique élu Salvador Allende. L'on nous dit que ça aurait un rapport avec autre chose.

[Capsule] So long, sucker

Jack Layton n'est plus. Près de 29 ans après le début de sa carrière politique, celui qui incarnait la nouveauté au parlement est décédé. L'on se souviendra de ses grandes réalisations...électorales. Par ailleurs, certains anarchistes québécois auraient commencé la production d'affiches arborant le slogan «Tous pareils, tous pourris, sauf Jack».

samedi 3 septembre 2011

[Capsule] Bastiat en banlieue

Afin d'accroître la compétitivité québécoise, le Conseil du patronat du Québec, en coopération avec ses esclaves sexuels des différentes administrations politiques, a annoncé hier un plan de sauvetage public de 15 milliards pour payer les piscines creusées géantes de ses membres. Présenté comme étant une véritable «révolution de l'arrière-cour» par le ministre des finances du Québec, ce projet a reçu l'aval de nombreux commentateurs publics, qui voient dans ce geste un effort de «réconciliation sociale» et un grand pas pour l'acquisition d'une équipe de hockey à Québec. Questionnés sur ce lien, lesdits commentateurs ont alors accusé les journalistes présents d'être des «gauchissses du Plateau», des fils illégitimes de Staline ainsi que des ressortissants nord-coréens. Des allégations qui devraient faire prochainement l'objet d'un dossier spécial dans les pages des journaux de Quebecor, a annoncé la chaîne télévisée Sun Media.

dimanche 21 août 2011

[Capsule] Qui sème la colère...

Dans une conférence de presse livrée plus tôt, les fédérations étudiantes ont lancé leur campagne nationale médiatique pour lutter contre la hausse des frais de scolarité. Promettant un automne chaud, la FECQ et la FEUQ ont menacé le gouvernement d'installer un barbecue sur leur terrain de camping à Montréal et d'ainsi manger des grilled cheeses. À noter que la FAECUM s'est dissociée de ce qu'elle a qualifié de «grabuge culinaire», appelant la FEUQ, dont elle est membre, à plus de modération. De son côté, la TACEQ s'est dite confiante de pouvoir apporter son propre beurre de peanut à l'événement qualifié d'«historique» par les participants. Quant à l'ASSÉ, on apprend que des débats se tiendraient sur l'utilisation de la tranche de fromage comme symbole spectaculaire. Un regroupement de ses membres auraient commencé à distribuer une brochure intitulée «Du Cheez Wiz en milieu étudiant». Reste à voir si l'hiver sera Kraft.

mardi 26 juillet 2011

GAMMA : ne pas avaler

Dans une entrevue donnée sur la chaîne radio de Radio-Canada le 19 juillet dernier, le sergent Ian Lafrenière, bien connu des milieux activistes pour être le porte-merde du SPVM en matière de conneries publiques, expliquait à l'animateur Roch Cholette sa définition de l'escouade GAMMA (Guet des activités des mouvements marginaux et anarchistes). On se souviendra de ses prouesses créatives sur les cockatils molotov imaginaires et, surtout, son chef d'oeuvre: « un bazooka pour lancer des projectiles en feu» supposément monté par le black block lors de la dernière manifestation contre la brutalité policière ! (Sans blague, écoutez à partir de 7 minutes 35). À une question sur la fonction des policiers impliqués dans l'escouade, notamment sur l'aspect d'«intelligence» (pour éviter tout malentendu, compréhensible, soulignons que nous parlons ici de la récolte de renseignements) du travail des flics, celui-ci débita que GAMMA récoltait des renseignements sur les personnes se proclamant de l'anarchisme puis, se ressaisit pour préciser qu'il s'agit des anarchistes utilisant «la violence». Qu'est-ce qu'ont fait les flics de l'escouade concernant les arrestations des maoïstes le 29 juin ? Écoutons le gradé : «Ce qu'ils ont fait, ils ont ramassé des informations sur les gens qu'on avait sur place à essayer de tenter de trouver qui ils sont. Parce qu'il ne faut pas oublier, les gens qui étaient dans cette manifestation-là avaient le visage couvert, alors pour trouver les suspects qu'on recherchait, fallait essayer de trouver de l'information dans le milieu avec nos banques de données, tout ça... » Vous avez lu ? Je vous le pointe : «avec nos banques de données». Sur toutes les tribunes où il a été invité à parler de GAMMA, Lafrenière babillait la même chose, soit qu'il ne s'agissait aucunement de profilage politique, que les flics du «projet GAMMA» n'étaient actifs que lors d'événements ponctuels et que les libertés fondamentales tiennent à coeur le SPVM (rires dans la salle). Or, on parle ici de fichage de dissidents et dissidentes politiques, plus ou moins activistes selon le cas. Bien sûr, nous le savions depuis longtemps et nous vivons avec, prenant bien soin, justement, de se masquer lors de manifestations -chose malheureusement de plus en plus décriée même par les pacifistes de la gauche conformiste qui devient, à son tour, corroie d'une répression policière par sa collaboration. Les flics marchent à nos côtés dans la rue, et tous n'ont pas nécessairement un badge.

Plus étrange encore, il a fallu attendre le 19 juillet avant qu'un communiqué laconique du SPVM à propos de GAMMA fasse surface sur leur site web. On y parle des manifestations contre la hausse des frais de scolarité ainsi que du 1er Mai. Fait incongru, alors que le médiatisable Lafrenière répétait à qui voulait l'entendre que les arrestations étudiantes, au contraire de celles des maoïstes du 29 juin, n'étaient pas liées à GAMMA, on retrouve pourtant côte à côte les deux événements dans ce torchon policier. Le SPVM n'en est pas à ses premières contradictions.

J'aimerais soulever une autre question : la création de l'escouade en tant que telle. Souvenez-vous des premières informations à avoir filtré dans les médias concernant le Guet, elles indiquaient qu'il relève de la section du crime organisé (!) et retraçaient sa création à il y a deux ans On apprend également que l'escouade s'est «activé» (go go power rangers) suite à la manifestation du 1er Mai. Or, pourquoi n'avons-nous jamais été au courant, depuis ces deux dernières années, d'un projet aux telles conséquences anticonstitutionnelles (pour ce que ça vaut, remarquez... ) et comment les flics y sont-ils formés ? La question est légitime, après tout nous parlons ici de profilage politique et nous connaissons tous les faiblesses académiques des flics en la matière. Est-ce que des militants ou des militantes de QS seront prochainement arrêtés pour incitation à la violence, distribution de tracts haineux etc ? (Voir les «tracts haineux» du défunt PCR St-Jérôme). Selon quels critères les flics sont-ils admis dans cette escouade ; leur expérience dans l'escouade anti-émeute ? Pour essayer de trouver de maigres réponses à tout ça, J'ai visité en détail à la fois le site du SPVM et celui du Ministère de la Sécurité publique (sic) et je n'ai rien vu sur GAMMA, même dans les rapports, bilans et budgets annuels on ne mentionne jamais l'existence de cette escouade. Depuis deux ans que la flicaille se prépare en douce (et même avant, n'en doutons pas) à Montréal et vlan ! ça nous tombe soudainement dessus.

Plusieurs réactionnaires actifs sur le net soulevaient le fait que, si les personnes arrêtées étaient innocentes, les tribunaux les relâcheraient, les oiseaux siffleraient et tout irait bien sur la Terre des aïeux. Si ce n'était que de telles accusations constituent un slapp politique, une poursuite-bâillon, en vue de neutraliser certains activistes et porter un coup à leurs organisations ou réseaux d'activité. En effet, les corps de police au Canada semblent avoir pour stratégie ces dernières années de criminaliser l'opposition extra-parlementaire radicale, à plus forte raison les tendances anticapitalistes, afin de paralyser le mouvement contestataire. D'ailleurs, la pratique (on le sait, illégale en regard du droit international) de l'arrestation de masse est à mettre dans la même lignée. Les personnes arrêtées, en plus de devoir assumer des coûts parfois exorbitants pour leur défense juridique (et leur cautions, le cas échéant) doivent y sacrifier une quantité importante d'énergie qui autrement auraient pu aller dans d'autres projets politiques. En outre, comme tout marché de dupe, certaines conditions peuvent s'appliquer. Comment ne pas évoquer ici le cas particulièrement répugnant d'Alex Hundert, compagnon ontarien obligé, après de nombreuses péripéties, de signer des conditions délirantes incluant : l'interdiction d'exprimer des opinions politiques en public ; de participer, d'organiser ou d'aider à organiser quelconque marche ou réunion ; assignation à domicile ; commenter directement ou indirectement sur internet et plus encore.

samedi 11 juin 2011

Mythe et langage


L'article qui suit à été écrit le lendemain de la manifestation du 8 juin 2011, après avoir lu les différents compte-rendus journalistiques. Bien qu'habitué à lire de telles conneries, je me suis dit que, pour une fois, je pouvais bien partager ce qu'elles m'inspirent.


L'illusion journalistique

C'est toujours avec consternation que plusieurs personnes familières du milieu militant québécois regardent le traitement médiatique réservé aux événements du même genre que la manifestation qui a eu lieu mercredi soir en réponse au meurtre de deux citoyens par le SPVM. La construction des articles se fait généralement de la même manière : raisons -succinctes- de la manifestation, nombres de personnes présentes, recensement des «méfaits» et déroulement jusqu'à l'intervention «forcée» (comment pourrait-elle ne pas l'être ?) des «forces de l'ordre», terme échangeable avec «agents de la paix». Le tout, bien sûr, agrémenté de quelques témoignages allant du choquant, les méchants, au conformiste, les gentils : flics ou manifestants et manifestantes pacifistes. La terminologie utilisée pour décrire les participants et participantes et leurs actes est simple ; son efficacité d'autant plus éprouvée par sa répétition constante et prévisible : les «casseurs» font du «grabuge». Le procédé n'est pas nouveau, il s'agit de diviser la manifestation en deux groupes, celui légitime (vous devinerez lequel) et celui, marginalisé, qui profite du moment afin de se défouler. L'on enlève ainsi tout caractère rationnel à ces actes afin de renvoyer une image de brutalité et de violence gratuite des «casseurs», que l'on confine dans ce rôle en leur collant même l'adjectif «professionnels». L'on peut donc a posteriori justifier les arrestations «préventives» et le ciblage politique (que l'on ne qualifiera jamais comme tel) de groupes spécifiques. La mode, d'ailleurs, en est au Black bloc, «bien connu des milieux policiers». Jamais on ne dira plus de celui-ci que les actes de vandalisme commis par ses supposés membres, et à plus forte raison que la plupart du temps les journalistes ne le connaissent qu'à travers le prisme policier. Ses activités de «dé-arrestation» durant la manifestation, ses origines, sa philosophie, son fonctionnement, sa raison d'être ; tout est tu dans l'article qui, de toute façon, n'a pas la prétention d'être un article de fond. Là où le bât blesse c'est que le journaliste se dit objectif et considère traiter de la meilleure façon les événements. Voit-il ou voit-elle qu'en fait l'article en question, à part des ajouts ici et là, ne fait que reproduire le communiqué du SPVM et les informations (la plupart du temps erronées) de son porte-parole ? Peut-être un minimum de recherche pourrait corriger le tir en précisant que le black bloc n'est pas une organisation, mais plutôt une forme de regroupement le temps d'un événement précis ; il n'y a ni membership ni hiérarchie. Ce serait toutefois trop facile puisque rien ne peut remplacer la logique de la superstructure idéologique : toujours protéger le système, parfois au prix de quelques réformes et sacrifice – mais pas trop, si possible. Et si se dresse un épouvantail, pourquoi ne pas l'agiter ? Dans la peur, c'est bien connu, on accepte plus facilement l'autorité. Néanmoins, pour plusieurs encore et de plus en plus, la servilité s'arrête là où commence la lucidité.


Le mythe comme axiome


Le journalisme politique (au sens profond du terme : les relations entre les individus, entre eux et entre le pouvoir) se fonde essentiellement sur un langage axiomatique. Le ou la journaliste aborde l'événement comme on regarde une image fixe, toujours selon la même position. L'intermédiaire entre le déroulement des images et ce qu'il ou elle rapporte de ces images est le corps policier, qui est par ailleurs considéré dans l'article comme une source de crédibilité même dans ses pires moments. Les témoignages recueillis ici et là doivent toujours aller dans un même sens : celui de l'article, celui du mythe. Car tout ici est une question de mythe ; celui qui produit comme celui qui est produit. C'est une parole dépolitisée et, comme l'écrivait Barthes dans Mythologie : «la fonction du mythe, c'est d'évacuer le réel : il est, à la lettre, un écoulement incessant, une hémorragie, ou, si l'on préfère, une évaporation, bref une absence sensible». Ainsi, la violence policière -celle de l'État, avec son monopole- traverse un processus de banalisation, revient à être présentée comme allant de soi. Car, comme Barthes nous le rappelle, «le mythe ne nie pas les choses, sa fonction est au contraire d'en parler ; simplement, il les purifie, les innocente, les fonde en nature et en éternité, il leur donne une clarté qui n'est pas celle de l'explication, mais celle du constat... ». Le spectacle ne cache pas la violence de son État, il la mythifie.